Cornelius, la bonne personne au bon moment

La vie met souvent sur notre route la bonne personne, au bon moment. Mais cela n’arrive que quand on est prêt. Voilà l’histoire de Cornelius et et de Cornelia.
« Puis-je vous parler un moment » ?
Ce matin, vers 5 h, je sirote mon deuxième ou troisième café, attendant le lever du jour sur la mer, quelque part dans le golfe du Mexique. Je suis pratiquement le seul réveillé sur ce navire, hormis quelques membres de l’équipage. Un homme arrive, s’assied à côté de moi, et entame une conversation : « je suis Cornelius, puis-je vous parler un moment » ?
On est en territoire américain, même sur l’eau, c’est classique : il faut socialiser, tant pis pour ma tranquillité. Je me tourne vers lui, entame les figures imposées d’une conversation avec un inconnu…et je me rends compte que Cornelius est non-voyant ! et là, je me dis que je ne vais pas perdre mon temps.
Le tour du Monde du non voyant
Cornelius et son épouse Cornelia sont 100 % non-voyant tous les deux. Ils voyagent autour du Monde régulièrement, souvent sur des bateaux de croisière, moyen de locomotion pratique pour eux, qui leur permet de rencontrer des compagnons de voyage.
Bien évidemment, au bout de quelques minutes, un peu maladroitement, je lui demande s’il n’est pas frustré de ne pouvoir découvrir les différents pays, au moment des escales. Il éclate de rire et me répond : « mais nous faisons beaucoup d’excursions au moment des escales ». Je m’enfonce dans la maladresse : « mais vous ne voyez rien » ?
Et Cornelius m’explique que s’il ne voit rien, ses autres sens sont décuplés. Ainsi il ne découvre pas avec la vue, mais avec l’oreille, l’odorat, le toucher. Il ressent immédiatement mon doute et me propose : « vous connaissez Rome ? partageons nos souvenirs »
Une grande leçon de modestie
Alors là, moi qui croyais connaitre un peu Rome pour y être allé quelques fois, j’ai pris une grande leçon de modestie. Nous croyons connaitre cette ville pour l’avoir « vue ». Mais nous n’avons pratiquement aucun souvenir des parfums du parc de la villa Borghèse ni du chant de ses oiseaux. Nous ne pouvons pas décrire le grain et la chaleur de la pierre du pont du Trastevere et l’odeur du Tibre en dessous, différents de ceux du pont du Castel San Angelo. Nous n’avons rien perçu de la musique de la fontaine de Trevi bien entendu différente de celle des trois fontaines de la Piazza Navona. Nous avons le souvenir d’un dîner dans un petit restaurant d’une ruelle del Monti quand Cornelius a celui des effluves d’une dizaine de trattorias dans le même quartier.
J’avais soudainement honte de la superficialité de mes visites à Rome !
A nous la liberté
Puisque je ne pouvais pas le lui montrer, j’ai alors raconté à Cornelius le site de Mission Guérison. Et particulièrement un article paru fin février dernier, sur le thème « A nous la liberté ». Dans cet article, Matthieu Ricard donne l’exemple d’un ami aveugle qui parle de « voir sans la vue ». Il fait le tour du Monde, pour visiter les plages en particulier. Cet ami dit que « les plages du Brésil cela n’a rien à voir avec celle du Mexique , ce n’est pas le même air, tout est différent ». Il est disponible, il s’émerveille. Il peut se dire : « je suis en train de faire ou de vivre ce dont j’ai envie, je suis libéré »
Mon nouvel ami hochait la tête et souriait. Oui, je n’avais pas perdu mon temps !
Le langage des oiseaux
Une amie à qui je racontais cette aventure et qui maîtrise bien le langage des oiseaux, m’a fait remarquer que dans Cornelius et Cornelia il y a «cornée»: cornée il y eu, cornée il y a. Et il est évident que Cornelius s’était montré beaucoup plus clairvoyant que moi.
Décidément rien n’est hasard dans notre passage sur Terre. Ni les mots, ni les noms, ni les rencontres : nous ne sommes pas seuls.
Nous ne sommes pas seuls
Il y a des moments où une phrase, un mot, ou une simple présence, peuvent s’avérer être un détonateur. Même si l’on se sent abandonné de tous, en y prêtant un minimum d’attention, on se rend finalement compte que nous sommes entourés d’êtres bienveillants. La vie met souvent sur notre route les bonnes personnes, au bon moment.
Ces phrases ont été écrites pour la notion « nous ne sommes pas seuls » et elles sont destinées aux patients. Oui, mais voilà que Cornelius a renversé le sens de la bienveillance. C’est lui, le « patient » qui a été le détonateur pour « l’aidant », c’est lui qui l’a aidé à avoir les idées claires, c’est lui qui l’a conduit à ouvrir les yeux !
Voilà bien la magie de la bienveillance entre patients et aidants : le courant passe dans les deux sens. Nous donnons et recevons en même temps.
Comme au moment où le Renard quitte le Petit Prince, Cornelius aurait pu dire : « Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux ».
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Les maladies qui interviennent au cours d’une vie ne sont pas uniquement des fatalités. Nous pouvons donc être « acteurs » de notre guérison, c’est notre mission ! C’est l’esprit des 7 notions que nous diffusons à l’attention des personnes atteintes au cours de leur vie d’une grave maladie.
Pour approfondir la 7 ème de ces notions à travers des explications théoriques, mais aussi grâce à des témoignages, cliquez ici « nous ne sommes pas seuls »
Ah quelle belle histoire, qui donne le sourire pour le reste de la journée (et au-delà!)… Merci Alain pour ce beau souvenir partagé avec nous!