l’immunothérapie : l’espoir d’une clé contre le cancer

Et si la clé contre le cancer était en chacun de nous, cachée quelque part dans notre système immunitaire ? Il y a cent ans, ils n’étaient qu’une poignée de scientifiques à plancher sur la question. Aujourd’hui, l’immunothérapie s’est imposée comme un fleuron de la recherche mondiale.
La chimiothérapie ou la radiothérapie cherchent à détruire les tumeurs. L’immunothérapie aide le système immunitaire à s’en débarrasser
Eric Vivier est une figure de l’immunothérapie. Et son parcours professionnel en retrace la genèse. D’aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours “voulu comprendre le fonctionnement du vivant“. Une curiosité qu’il pense assouvir en se dirigeant vers des études vétérinaires. Avec un attrait prononcé pour l’infiniment petit : “ce qui m’intéressait, c’était de faire le lien entre le fonctionnement moléculaire et le fonctionnement de l’organisme entier”. En parallèle de sa thèse, il rejoint l’Inserm avant de vivre un “tournant” de sa vie : Harvard.
Comprendre le fonctionnement des cellules Natural Killers
“J’y ai passé quatre ans, c’est un faculté prestigieuse. Si ton voisin n’est pas encore prix Nobel, il va l’être prochainement“, plaisante-t-il pour souligner à quel point cette étape a changé sa vie. “J’y ai appris le travail de chercheur”. Et ce, au sein du laboratoire d’immunologie du Dana-Farber Cancer Institute. “On m’a demandé de m’intéresser à une nouvelle population de lymphocytes, les cellules Natural Killer (NK). On les appelle ainsi car elles peuvent tuer toute une série d’autres cellules. Elles se concentrent sur les cellules tumorales et cancéreuses et épargnent les autres“. Il cherche alors à comprendre leur fonctionnement : comment ces cellules ciblent-elles leurs victimes et quel est leur mode opératoire ? Et si elles sont censées éliminer les cellules cancéreuses, pourquoi le cancer existe-t-il ?
Une méthode prometteuse
Le professeur Julien Mazières du CHU de Toulouse fait le point sur l’application de cette méthode prometteuse :
Le concept existe depuis 30 ou 40 ans mais ça ne fait qu’une petite dizaine d’années que ce traitement est appliqué en oncologie. L’idée est de restaurer le système immunitaire naturel. On n’agit pas directement sur le cancer comme le fait la chimio en dosant du poison pour s’attaquer aux cellules cancéreuses, ici on considère que le cancer est une partie de l’organisme qui n’en respecte pas les règles. Grace à des médicaments administrés en intraveineuse, l’immunothérapie va en quelque sorte doper le système immunitaire pour qu’il empêche le cancer de se développer. Et ça marche, à commencer par les cancers du poumon, l’espérance de survie est multipliée par trois.
Paradoxalement l’immunothérapie n’est pas déconseillée aux plus vulnérables car elle est beaucoup mieux supportée.Elle divise par 4 ou 5 la toxicité par rapport à la chimio. Ceci dit, ça ne fonctionne pas, pour le moment, sur tous les cancers. Certains cancers du côlon, du sein, du cerveau, certaines leucémies pour l’instant ne répondent pas. Mais c’est une question de temps…
Environ 800 patients ont pu bénéficier de ce traitement à Toulouseces trois dernières années. Tous pour des cancers du poumon ou de la peau qui ont en commun d’être provoqués en général par des agents extérieurs, le tabac ou les UV.
La recherche fondamentale avant tout
Le dernier prix Nobel de médecine a été décerné à des chercheurs en immunologie !
Pour Eric Vivier son métier c’est “faire de la science”. Avec certes, il le reconnaît, “beaucoup d’acteurs“. Un métier qu’il défend, insistant sur l’importance de la recherche fondamentale. “Il faut promouvoir la recherche purement fondamentale, guidée par la curiosité. Prenez le GPS qui est très utilisé. Il découle d’une loi découverte par Einstein en 1905. Il n’aurait pourtant jamais eu l’idée d’inventer le GPS. Les innovations de rupture arrivent comme cela, à partir de découvertes qui viennent généralement d’on ne sait où“.
Car en matière d’immunothérapies aussi, tout est parti de la recherche fondamentale. Ouvrant la voie, sans le savoir, à ce qu’Eric Vivier qualifie aujourd’hui de “révolution thérapeutique”. “Au même titre que les antibiotiques“, compare-t-il. Un changement de paradigme. “Pour la première fois, un seul traitement pourrait traiter plusieurs types de cancers“.
Mais “il reste beaucoup à faire“, annonce le chercheur. “Même si c’est une révolution, elle ne profite pour l’heure qu’à un tiers des patients.Il faut donc comprendre pourquoi cela ne marche pas pour tous“. Le salut pourrait venir de la combinaison de différents médicaments. Reste à savoir lesquels, comment et dans quelles circonstances. “Il faut aussi gérer la toxicité. Il y a une marge de progression à avoir“. Car en désinhibant le système immunitaire, les immunothérapies impliquent souvent des inflammations (1). Autant de pistes qu’il faudra explorer avant que l’immunothérapie ne soit pleinement incluse à l’arsenal thérapeutique contre le cancer. Et Eric Vivier n’a qu’une ambition : “faire en sorte que ça marche“.
(1) En 2018, une équipe toulousaine a présenté un essai introduisant un anti-inflammatoire dans le protocole des soins des mélanomes les plus agressifs pour améliorer l’efficacité du traitement. C’est typiquement de l’immunothérapie, et c’était une première mondiale.
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Cet article est largement inspiré de deux parutions récentes :
Interview d’Eric Vivier « figure de l’immunothérapie » dans la Tribune : c’est ici
Interview du Professeur Mazières sur France Bleu : c’est ici
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Et l’immunothérapie nous renvoie à la première notion « c’est toi qui guéris»
Merci Alain… Un espoir vraiment concret pour les malades!