Êtes-vous responsable de la souffrance des autres?

Doit-on préserver ses proches de toute peine, ou au contraire leur dire la vérité même si elle les blesse? Dans cet article, je vous partage un très beau texte de Richard, auteur pour Come back to the source.
En voyant la douleur de ceux qui les entourent, beaucoup d’entre nous en ressentent une certaine responsabilité. Surtout lorsqu’ils jugent que ce qu’ils ont dit ou fait a pu causer de la souffrance.
Et, parce que c’est un sujet tellement délicat, je souhaite vous expliquer exactement pourquoi je pense que vous n’êtes PAS responsable de la souffrance des autres.
De quoi êtes-vous responsable?
Il y a là une différence très importante à comprendre. Vous n’êtes pas responsable de la façon dont les autres réagissent à votre comportement. Cependant, vous êtes responsable de votre comportement et de la façon dont vous choisissez de traiter les autres.
Bien entendu, nous avons tous en tête des situations lors desquelles nous avons dit ou fait quelque chose qui a eu un impact direct sur autrui, causant de la peine. C’est inévitable lorsqu’on interagit avec d’autres personnes, en particulier au sein de sa famille.
Alors, quelle est la meilleure façon de communiquer avec les autres ? Êtes-vous de ceux qui:
- Sont toujours gentils avec leur entourage, prenant bien soin de ne pas causer de peine?
- Ou de ceux qui sont toujours sincères, quelle que soit la souffrance que leur honnêteté puisse engendrer ?
Le discernement est la clé
Parfois, l’approche aimante consiste à discuter avec quelqu’un pour lui parler de problèmes qui le concernent, quand bien même cela conduirait à lui faire de la peine. Parfois, ce n’est pas le bon moment – peut-être que ces personnes à qui vous aimeriez parler franchement sont en état de stress émotionnel, et leur parler ne les aidera pas. Ou peut-être leur avez-vous déjà dit la vérité à plusieurs reprises auparavant, par exemple pour poser vos propres limites, et qu’elles refusent d’accepter cette vérité. Peut-être que l’approche aimante est donc tout simplement d’aller à la rencontre de la personne qui souffre, à l’endroit exact où elle se trouve.
Le fait est que la façon dont quelqu’un réagit à un stimulus est de sa propre responsabilité et de la sienne seulement. Ne vous sentiriez-vous pas déçu (en colère, triste, infantilisé… vous pouvez mettre ici toute émotion négative qui vous correspond le mieux) si vous découvriez que quelqu’un vous protégeait systématiquement à votre insu, pour vous empêcher de vous sentir mal ? C’est à vous de décider comment vous gérez votre propre douleur. Et puis, pourquoi décider d’endosser le fardeau de la douleur de quelqu’un d’autre ? C’est à la fois une perte de pouvoir pour eux et un stress inutile pour vous.
Soyons clairs. Je comprends tout à fait combien il est difficile de dire à quelqu’un une vérité inconfortable, sachant qu’elle peut mener à la souffrance. J’ai eu cette tendance pendant la majeure partie de ma vie, car c’est sans nul doute bien plus merveilleux quand les gens qui nous entourent sont heureux.
Reflets dans le miroir
La façon dont vous réagissez à la douleur des autres est le reflet de votre réaction lorsque vous gérez votre propre douleur. Si vous faites quoi que ce soit pour éviter de ressentir de la douleur ou de la souffrance, alors vous aurez tendance à assumer la responsabilité de celle des autres, parce que vous ne voudrez pas voir votre reflet dans ce miroir. Cela rappelle trop votre propre douleur refoulée. Mais si vous vous êtes familiarisé avec votre douleur, parce que vous reconnaissez que c’est votre chemin de vie, qui vous conduit vers la réalisation de votre personnalité profonde, alors vous serez également capable de voir en face la douleur d’autrui. Même si c’est vous qui l’avez déclenchée.
Stephen Levine raconte une belle histoire dans son livre « Who Dies » qui nous fait toucher du doigt ce que cela signifie vraiment.
J’ai un ami, un infirmière chimiothérapeute dans un service de cancérologie pour enfants, dont le travail consiste à rechercher toutes les veines «disponibles» dans les petit bras souvent abîmés et amaigris, afin de mettre en place des perfusions médicamenteuses qui durent parfois jusqu’à douze heures. C’est probablement l’un des actes les plus douloureux que les enfants aient à supporter lors de leur séjour à l’hôpital. Parce qu’il a beaucoup travaillé sur sa propre douleur, mon ami infirmier a, pourrait-on dire, le « cœur très ouvert ». Il considère ses responsabilités à l’hôpital comme étant une ”imposition des mains faite avec amour et acceptation”. Il ne se replie pas sur lui-même pour se préserver de la douleur des enfants, ce qui renforcerait la souffrance vécue par ses petits patients. Il propose au contraire un espace chaleureux et ouvert qui encourage les enfants à faire confiance à leurs propres sensations. C’est lui, parmi tous ceux qui les entourent, que les enfants appellent le plus au moment de mourir. Ainsi, bien qu’il soit le principal « donneur de douleur », il est aussi leur principal « donneur d’amour ».
Accepter sa propre douleur
La seule façon de surmonter cette tendance à assumer la responsabilité de la douleur des autres est de travailler sur votre réaction à votre propre douleur. Pouvez-vous vous asseoir à côté d’elle, au lieu de la fuir au moyen de distractions ou des médicaments ? Croyez-moi, je sais à quel point cela peut être dur. Mais il y a une lumière au bout du tunnel. Gérer sa propre douleur mène à la fin de la souffrance. Ce n’est pas la fin de la douleur – c’est juste une façon de la gérer qui vous amène à comprendre qui vous êtes, une personne ouverte, en expansion, présente ici et maintenant, et qui est tellement plus que la douleur elle-même.
Si vous ne jugez pas votre propre douleur, vous ne jugerez plus la douleur des autres. Et si vous ne jugez plus leur douleur, alors vous n’avez plus besoin de les en sauver. Vous n’avez pas peur d’exprimer votre vérité, même si elle peut conduire à la souffrance de quelqu’un d’autre. Et ce qui est incroyablement beau, c’est que vous pouvez être à leurs côtés pendant qu’ils traversent cette épreuve en leur montrant qu’ils ne sont pas seuls. Parce que la douleur est quelque chose qui nous unit tous.
Texte de Richard, Come back to the source
Lorsque la vie nous place en situation d’aidant, nous nous trouvons confrontés à une nouvelle réalité à laquelle nous ne sommes pas le plus souvent préparés. Grâce aux partages d’expérience que nous avons pu recueillir, notre association a tiré quelques réflexions qui sont comme des points de repère destinés à tous ceux qui sont placés dans ce rôle difficile à tenir :Ne pas se résigner, considérer en toute circonstance le malade comme une personne à part entière, former une équipe, prendre conscience que le couple doit intégrer un nouvel élément, considérer ses propres faiblesses, l’amour c’est bon pour la santé, et accepter que l’on ne peut aider quelqu’un qui ne le souhaite pas…
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