Humanité et Diagnostic du Médecin

Il y aurait tant de choses à dire quant à l’annonce du diagnostic par les médecins et leur humanité. Il y a les médecins qui dramatisent, ceux qui tournent autour du pot, ceux qui font exploser votre tensiomètre ou qui vous coupent les jambes.
Il y a ceux qui se décomposent avant même d’avoir prononcé une parole. Il y a ceux qui mentent, plus ou moins bien. Il y a ceux qui vous prennent soudain pour un enfant de 3 ans … Et puis, il y a aussi ceux qui vous donnent des échéances certaines, et qui débloquent en vous comme un compte à rebours … Je suis certain que vous comprenez ce que je ne fais qu’évoquer.
Une expérience abominable de non humanité
Romy est à la moitié (9 séances) de son protocole chimio. Elle a RV chez son Oncologue pour faire le point et avoir son interprétation des analyses de sang et du PetScan récents. Elle raconte ce RV :
« Depuis la toute première fois cet oncologue ne me plait pas, un petit bonhomme qui n’est pas psychologue pour un sou et vendredi c’était le pompon : j’étais pour une fois seule dans la salle d’attente (d’habitude il y a au moins 10 patients), sa porte entrebâillée, j’attends 30 minutes, tousse, et j’entends :
– il y a quelqu’un ?
– Oui, moi, Romy !
– J’en ai pour 3 minutes…
20 minutes plus tard il traverse la salle d’attente sans rien dire et revient 10 minutes plus tard. Il me fait alors rentrer et commence à ouvrir son courrier, un gros paquet. Puis se met à classer des papiers, prend un RV pour un diner le soir même.
Je n’y tiens plus et lui dis qu’il a l’air de prendre plaisir à faire durer le suspense et que je n’en peux plus d’attendre. Pas de réponse. Après encore 5 minutes :
– Bon, quel est le dernier examen passé ?
– Le pet-scan hier, que le médecin vous a adressé ce matin et les analyses en début de semaine !
– Je n’ai pas encore ouvert mes mails… et puis il se met à chercher, imprime et cherche mon dossier :
– Bon, les analyses sont parfaites … le pet-scan également, donc tout va bien.
– Quelles sont mes chances de m’en sortir ?
– Elles sont bonnes !
– Que comptez vous faire après les chimios des 3 mois à venir ?
– On verra à ce moment là!
il m’a fait une ordonnance pour les prises de sang pour 3 mois et : “voilà Madame”, me serre la main et fait avec ses lèvres un petit bisou dans l’air. On croit rêver. Il est connu pour être comme ça, mais je crois que si le résultat n’avait pas été si bon, j’aurais contacté ma gynécologue pour lui en parler et lui demander qu’elle m’adresse à quelqu’un d’autre. Cet homme adore jouer avec les nerfs de tout le monde et se prend pour Dieu le Père ! »
La possession du savoir
Heureusement, tous les oncologues n’ont pas un comportement similaire. Et il existe des hommes et des femmes qui ont compris l’enjeu que représente l’annonce du diagnostic, et qui savent que beaucoup de choses peuvent se jouer dans les 3 premières minutes de l’entretien.
FRANÇOIS BLOT est chef du service de réanimation à l’institut de cancérologie Gustave-Roussy, à Villejuif. Il lutte contre l’attitude paternaliste de possession du savoir du corps médical français :
« En France, on ne parle de « patient expert » que depuis cinq à dix ans. Dans la pratique, tout cela reste assez confidentiel. Débloquer les consciences médicales et sociales est un travail de tous les instants » !
humanité en application : la décision partagée
François Blot, depuis 25 ans, il pratique, autant que possible, la « décision partagée » avec ses patients.
La notion d’« expertise partagée » entre le médecin, qui détient un savoir scientifique, et le patient qui acquiert un savoir « expérientiel », progresse tout doucement. Mais avant d’envisager de confier les rênes à un « patient expert » pour accompagner les malades, encore faudrait-il admettre que le patient peut être expert pour lui-même ! Dans les maladies chroniques, cancer y compris, le malade connaît parfaitement les effets secondaires. Il peut être partenaire de son soin. Mais pour cela, la prise de décision doit être partagée.
Or la décision partagée est peu formalisée en France. Lors du dernier congrès mondial sur le sujet, la France a fait trois présentations. Autant que la Malaisie, mais 20 fois moins que le Canada et les États-Unis !
Restons optimistes : Le plan santé 2022, présenté en septembre par le gouvernement, comprend un item sur la participation du patient à la formation et l’évaluation des futurs médecins. « Mais face à un corps médical assez hermétique au changement, il faudrait de fortes incitations pour que les facs de médecine mettent en place des enseignements intégrant le patient. Et qu’ils ne soient ni homéopathiques ni facultatifs. S’il n’y a pas de formation définie, tout cela restera une jolie déclaration d’intention, dont ne s’empareront que les convaincus »
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Les maladies qui interviennent au cours d’une vie ne sont pas uniquement des fatalités. Certes, des facteurs extérieurs peuvent participer à leur déclenchement. Mais nous devons admettre aussi que nous portons une grande part de responsabilité. Nous pouvons donc, ou plus exactement nous devons être “acteurs” de notre guérison, c’est notre mission ! C’est l’esprit des 7 notions que nous diffusons à l’attention des personnes atteintes au cours de leur vie d’une grave maladie.
Pour approfondir la 2è de ces notions à travers des explications théoriques, mais aussi grâce à des témoignages, cliquez ici : Avoir confiance
Et pour rester optimiste et de bonne humeur, regardez-donc cette vidéo : au-delà du comique de situation et du jeu remarquable du Dr Cymes et de Nicole Ferroni, elle distille quelques clés essentielles : https://www.youtube.com/watch?v=AM4c9ckSy9M&feature=youtu.be
Nota : Les citations de François Blot sont tirées de l’article de Caroline Beyer dans le Figaro du 12 octobre 2018