L’isolement ou … Les enfants sauvages

S’il y a bien un néologisme qui correspondait à l’abîme de perplexité dans lequel j’étais plongée ce jour-là, c’est bien le verbe ‘bugger’. Comme un programme informatique, mon esprit restait figé entre deux réflexions contradictoires sans pouvoir décider laquelle était la plus pertinente.
Premièrement: en développement personnel, on nous enseigne à être les maîtres bâtisseurs de nos vies, à ne pas nous reposer sur autrui pour recevoir de l’amour, de la confiance en soi, de la sécurité… bref à ne compter que sur nous-mêmes pour combler nos propres besoins.
Mais en parallèle, les chercheurs ont constaté que l’isolement affectif conduisait au développement de multiples troubles psychologiques, voire à la mort, comme en témoigne l’horrible mais non moins fameuse expérience de René Spitz, dans les années 1940.
Celle-ci consistait à comparer l’évolution de deux groupes de nouveau-nés en fonction du contexte affectif dans lequel ils étaient élevés.
Ainsi, le premier groupe était composé de bébés confinés à l’isolement, et qui, bien que nourris convenablement, ne bénéficiaient d’aucun échange émotionnel ni affectif avec l’infirmière qui s’occupait d’eux. Ils étaient également séparés les uns des autres (l’expérience avait lieu dans un orphelinat).
Dans le second groupe, les nouveaux-nés grandissaient dans un environnement où les adultes leur prodiguaient soins et affection, et où ils pouvaient interagir et s’observer entre eux.
L’expérience de René Spitz s’est basée sur les tests pratiqués sur ces deux groupes d’enfants, et a ainsi montré de très grands écarts de développement moteur et psychologique.
Depuis cette étude pionnière (qui, heureusement, ne pourrait plus avoir lieu de nos jours), de nombreuses autres expériences ont prouvé que l’isolement et les privations sensorielles et sociales avaient de graves répercussions sur le développement de l’individu.
Qu’en conclure ? Est-ce que l’être humain ne doit vraiment compter que sur lui-même pour progresser vers l’autonomie affective, la confiance en soi, le succès ? Ou a-t-il inéluctablement besoin de ses semblables ?
Et, concernant les malades, est-ce qu’il leur est possible d’avancer seuls sur le chemin de leur guérison ?
Vous avez sans doute déjà trouvé la réponse. Elle est à la fois si évidente et devenue si peu naturelle dans nos sociétés modernes (occidentales ?) individualistes et concurrentielles.
Car tout réside dans la recherche de l’équilibre. Les Chinois le résument, dans leur sagesse millénaire, par le Yin et le Yang. Ce n’est pas une opposition, mais une complémentarité inscrite dans une évolution cyclique :
• Le haut existe parce que le bas existe.
• La lumière existe car l’obscurité existe.
• Le beau existe en complément du laid.
• La vie existe dans la continuité de la mort… ou serait-ce l’inverse ?
Alors, tout simplement : cultivons et développons la force qui est en nous, sans attendre des autres qu’ils nous apportent ce qui nous manque. Mais sachons aussi recevoir de ceux qui nous entourent, pour pouvoir donner en retour.
Tout est équilibre, et échange entre soi et les autres.
A vous de créer le terreau de votre guérison, tout en sachant accepter que vous n’êtes jamais, jamais seuls.
Pour aller plus loin et découvrir la 7è des 7 notions à intégrer “Nous ne sommes pas seuls”, lorsque l’on est atteint d’une grave maladie : “Cliquez ici”