L’ empathie du campagnol des prairies

Le campagnol des prairies est un petit animal vraiment sympathique, champion de l’empathie. Quand son partenaire est stressé, le campagnol des prairies accentue l’attention et le toilettage qu’il lui prodigue. Son taux d’ocytocine et d’autres marqueurs biologiques s’élèvent au point d’impacter les taux de son compagnon, qui s’en trouve ainsi apaisé.
On sait depuis longtemps que les grands singes se réconfortent entre eux lorsque l’un des leurs va mal. Ils le font à travers de grandes embrassades. La capacité à la manifester de l’empathie n’est pas une spécificité humaine : les animaux savent naturellement se consoler. Mais nous, humains dotés de conscience et de langage, sommes souvent embarrassés. Que dire en effet à celui qui vit l’insupportable, l’impensable ?
Paradoxalement, c’est en s’appuyant sur ses propres expériences de désespoir, et en les dépassant, qu’on semble pouvoir aider au mieux celui qui est encore dedans. Mais pas question non plus d’«en rajouter».
Pas de tapage émotionnel
Quelques semaines après le tsunami qui a ravagé le Japon en 2011, le moine zen Koike Ryunosuke écrivait : “La bienveillance s’adosse nécessairement à un certain sang-froid. Lorsqu’on tache d’accompagner les victimes d’un drame, si on se laisse aller au tapage émotionnel, rien ne va”. Il jugeait ses compatriotes trop affligés pour pouvoir s’entraider réellement. Et il ajoutait : “C’est une fois nos propres émotions maîtrisées que l’on s’ouvre à la bienveillance et qu’on peut tendre l’oreille à la souffrance des autres.»
Un magnifique exemple de cette résilience positive nous est donné par Jodi Ann Bickley, créatrice d’un site original (onemillionlovelyletters.com) qui a pour vocation de redonner espoir à ceux qui sombrent. Elle avait seulement 23 ans quand on lui découvrit une encéphalite due à une morsure de tique. Sortie paralysée de cette contamination, elle était déterminée à se connecter avec d’autres qui endurent comme elle de sales périodes. Pour s’en sortir, Jodi Ann Bickley s’est mise à envoyer des lettres d’encouragement manuscrites, et à chaque fois singulières.
Que dit-elle à ses correspondants d’un genre particulier ? Qu’ils sont uniques, courageux, qu’ils ont le contrôle, qu’ils ont droit au bonheur… Bref, elle fait résonner cette musique agréable qu’ils ne savent plus composer par eux-mêmes. «Nous sommes tous capables de nous entraider en devenant la voix positive, la “bonne voix” de quelqu’un d’autre. Nous ne nous écoutons pas assez, nous avons donc besoin des autres pour nous rappeler que nous sommes exceptionnels», écrit-elle.
Tout est dit ! Une souffrance partagée est une souffrance qui s’allège. En aidant l’autre, on s’aide un peu soi-même, car ce qu’on fait à l’autre, on le fait aussi à soi-même. L’empathie est une route à double sens.
Cette semaine, un de mes amis me questionne sur Mission Guérison. Il souffre depuis 15 ans d’un pathologie contraignante, qu’il a réussi à surmonter. Il consacre une partie significative de son temps à aider, avec succès, les jeunes entrepreneurs. Mais, me dit-il : “je reste terrifié par l’univers médical et je ne me sens pas capable d’aider d’autres patients”.
Puisse la lecture de ce post l’aider à évoluer dans son approche
Ce texte est largement inspiré d’un article de Pascale Senk publié le 1er juin 2018 dans la section Sciences et Environnement du Figaro
Pour aller plus loin et découvrir la 6ème réflexion pour les aidants, cliquez sur ce lien : “l’amour c’est bon pour la santé